vitrine des dispositifs médico sociaux de l'Externat Médico Pédagogique de Voisinlieu (EMP voisinlieu) et du service de soutien spécialisé à l'intégration (SSSI).
Colloque « Psychiatrie et sciences » : Clermont de l’Oise, mercredi 23 mars 2011.
Intervention de Jean Oury, psychiatre.
Essayer de distinguer psychiatrie et sciences est suspect. Comme si la psychiatrie n’était pas une science.
Sur quelles personnes repose la psychiatrie ? : 4 noms
Ajugiagerra a rénové la neurologie et la psychiatrie, mais sans faire la distinction neuro psycho.
Lacan
Tosquelles : Faisait parti du PUM (républicain espagnol). Il participe à cette nouvelle considération des patients lors de la fin de la guerre 40. Arrivée d’une psychiatrie concrète menée par les infirmiers et médecin revenant des camps de concentration et de travail. Création de clubs, d’une considération du sujet soigné.
Weissecker : la pathosophie
La neuroscience est une rechute, un enfermement. Psychiatrie n’est pas psychiatrisette, nécessite une prise en charge globale du sujet. Le bureaucratisme quand il essaye de partager les sciences devient vite redoutable. La bureaucratie est une forme de fascisme.
Oury reprend en 1949 une clinique du coté de Blois (La borde) qui n’avait plus que 12 malades. Il y avait un dispensaire, un IMP, une consultation. A la consultation, il impose un RV, stop l’accueil libre pour permettre aux gens d’attendre leur RV quand ils se présentent spontanément.
Histoire du ptit lulu.
C'était un enfant très agité, il avait été hospitalisé à l’hôpital général, il faisait une loco encephalite progressive. Son langage était très particulier, très schisophasique.
Le centre psychiatrique était une « cour des miracles ». Pas de foyers pour enfants et adolescents. Oury ramène le Ptit Lulu à son domicile. Il cherche ensuite une place en IMP. Il l’accompagne dans un IMP, ptit lulu rentre dans une phase maniaque. Lulu rentre dans une salle, et crie « la famille duraton vous dit bonjour ». Refus de le prendre à l’IMP, Oury le garde chez lui. Lulu avait des hallucinations, mais participait à tout. Ptit Lulu restait chez Oury en permanence. Les visiteurs apprenaient le langage psychophasique du Ptit Lulu . Il appelait Oury, « toi, mon américain », en 49. Tout cela est de la psychiatrie.
Avec un radiologue de la ville, Oury essaye de faire une encéphalographie. Il obtient une vision d’atrophie du cerveau. La maladie s’est accentué et p’tit lulu s’est desséché. Au dernier moment, Oury reconduit Ptit Lulu chez lui dans sa famille. Il revient le voir le dernier jour de sa vie, Ptit Lulu le reconnaît d’un regard : l’objet petit A, et puis décède.
A partir de cette histoire, comment distinguer la psychiatrie et les neuroscience ? Le précèdent scandale était la distinction enfance-adulte en psychiatrie. Comment comprendre quelque chose à l’adulte si l’on ne sait rien de l’enfant ?
Autre exemple d’un grand alcoolique qui buvait 20 litre de vin par jour. Oury reste toute la nuit avec ce patient qui souffre d’un delirium tremens en passant la nuit à l’arroser pour faire baisser la fièvre. Il obtient une relation à une personne au lever du jour. C’est aussi de la psychiatrie.
Scientifique, ça veut dire quoi ?
Notions de neuroscience en psychiatrie ou psychanalyse sont nécessaires. L’abord psychiatrique est distingué des neurosciences dès les années 50. Dommage, psychiatrie est une science indissociable de la médecine et de la neurologie. Important de savoir distinguer une tumeur pré frontal d’une hystérie.
Pathoplastie :
Il faut soigner l’institution comme dans la pédagogie institutionnelle, il faut soigner la classe.
L’institution produit des pathologies du fait des traitements qu’elle impose. Possible de les réduire ou de les éviter. Importance de la dimension d’ouverture. La fureur est souvent déclenchée par les conditions hospitalières. Il n'y a pas besoin d’aller très loin pour savoir que changer de milieu, ça change quelque chose.
Relation au patient :
Dire qu’un schizophrène n’a pas de transfert est crétin. Pour s’y retrouver, lire les séminaires de Lacan sur le transfert. Idée basique que pour que la psychiatrie fonctionne, il faut payer. Expérience inverse, Oury paye ses patients en cigarettes ou billets de train pour les faire venir. Et ça fonctionnait aussi bien. Psychiatrie de groupe est également très pertinente.
Quand on reçoit un patient, nécessité d’être bien au delà de la fiche administrative. Il est débile d’engager par « je vous écoute ». En général, cette entrée bloque la discussion. Il est nécessaire de dire quelque chose en introduction, d’engager la discussion. Le soignant doit entrer dans ce qui traîne avec le patient : entourage, habitude, style. L'analyse du soignant, sa formation, son expérience doit lui servir à se débarrasser de ce qui traîne autour de soi pour ne pas aller imposer son histoire au patient.
Tout cela est de la psychiatrie, de la neurologie, de l’analyse ?
Dans les année 50, exemple de Rugh, phénoménologue hollandais. Il parlait du sentiment du précoce, l’instant de voir. Quand quelqu’un entre dans le bureau, c’est l’instant de voir, temps du diagnostic immédiat. On ne s’y trompe pas.
Exemple : un jeune homme de 32 ans, envoyé avec une lettre le décrivant comme un schizophrène paranoïde à tendance paranoïaque. Il ouvre la porte, Oury lui dit, « vous n’êtes pas schizophrène ? » Le patient lui répond, « non j’étais toxico, j’ai pris un tas de trucs ». Patient va se balader dans la clinique, rencontre des vrais schizophrènes et revient ravi, « j’en ai vu des vrais ».
Possible d’avoir ce moment de voir à condition de laisser de coté ce qui pourrait encombrer l’autre de notre histoire personnelle. C'est un outil majeur du psychiatre.
Si quand un malade entre dans un groupe thérapeutique vous n’éprouvez pas quelque chose, mieux vaut faire autre chose que de la psychiatrie.
Plus important que de classer, écrire, faire des statistiques, c’est être disponible pour les patients.
Sur le plan sémiotique, qu’est ce qui permet d’appréhender les choses dans la simple observation et qu’elle est la logique en question ?
Courant de sémiotique mené par Tsanga, « les champs transformationnels », un axiome de la psychiatrie. A la base même scientifique du travail quotidien de rencontre.
Dangereux de vouloir réduire la science psychiatrique à des histoires cérébrales comme si les gens savaient ce qu’est le cerveau. La science est bien présente dans la psychiatrie.
Diagnostic psychiatrique doit rester le résultat d’une rencontre. Charge au psychiatre d’être suffisamment formé pour pouvoir le réaliser.
Importance de l’abord multidimensionnel de tout un chacun. Question du transfert qui peut lui-même être dissocié chez les schizophrenes.
Psychiatrie et traitement administratif
Souvenir de la dernière visite de l’accréditation de la clinique d’Oury:
C’était en décembre 2010, arrive à 8h30 4 individus de l’accréditation. Oury dit qu’il n’a pas besoin de fiches. Ce jour là , il y avait un malade présent depuis des années, plutôt alcoolique avec une passion pour des montages de modèles réduits. Il était dans un lieu aménagé pour lui et réservé à sa passion. Le patient décède lors de la visite d’accréditation. Les accréditeurs ont regardé leurs montres pour savoir le temps pris pour avertir le médecin et le maire du village. Pendant ce temps, les patients sont tout de suite arrivé auprès du décédé, certains ont même été soutenir la mère du décédé. Décalage important entre les pratiques dans leur complexité et l’existence d’indicateurs de qualité forcements réducteurs et inadaptés.
Les Accréditeurs rendent ensuite leurs rapports. Il se fait en public, devant les patients. Un point noir qui a été signalé était que les patients n’avaient pas signé à l’entrée un document permettant le don d’organe. Cette indication provoque forcement une réaction outragée des patients. Oury leur pose la question « combien ça vaut un sourire ? » Le sourire à un patient quand on passe à coté de lui est souvent plus efficace qu’un neuroleptique mais n’est pas compté dans les calculs d’actes réalisés. Il y a actuellement une brutalité du traitement administratif d’une entité soignante.